Arbeitsmodelle

12.16.17.18.19/05>18:00-20:00,
13.20/05>14:00-20:00,
14/05>14:00-18:00

Au théâtre, l'espace est le premier élément de la création à se matérialiser. D'abord maquette, il est au commencement le seul objet tangible qu'acteurs, metteurs en scène et techniciens ont en main et qui les connecte ensemble à l'idée du projet. Scénographe, Anna Viebrock est passée maître dans l'art de les concevoir : elle peaufine d'inspirantes « cages » de scène, disponibles aux infinies variations de metteurs en scène tels que Meg Stuart ou Christoph Marthaler. Plus qu'un décor, un corps aux sens multiples, qu'éveille et transforme le jeu. Anna Viebrock expose vingt de ses fascinantes miniatures, abîmées dans l'attente, déjà chargées et toujours vacantes, suggestives et mystérieuses...

Avec l'aide de:

Goetheinstitut Rotterdam, Münchner Theatermuseum

Remerciements à:

Sabine Hentzsch

Présentation:

KVS, KunstenFESTIVALdesArts

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Arbeitsmodelle d'Anna Viebrock


Mars 2006

Dans le processus de la création théâtrale, le décor est souvent la première chose que l'on élabore concrètement ; la maquette en tant que synthèse des idées reste longtemps le seul objet tangible auquel tout le monde peut se raccrocher : les ateliers, le metteur en scène, les acteurs et les techniciens. Le saut d'échelle entre la maquette et l'imposante présence du « vrai » décor est toujours fascinant.

Tout comme sa réalité à deux faces : vers le devant, côté spectateur, il montre la prétendue réalité d'un espace inventé de toutes pièces, vers l'arrière la réalité de la cage de scène, des poids et des câbles avec leur esthétique intrinsèque. Il en va de même pour les maquettes, qui laissent voir à la fois le projet concerné et les singulières techniques de construction. Ainsi, ces maquettes se muent en objets autonomes, au-delà de leur fonction d'illustration d'un projet particulier.

Le travail sur la maquette devient compréhensible : les heures passées à essayer d'assortir les différents éléments, leurs proportions, les matériaux, les couleurs ; la maquette demeure le seul moyen de vérifier la cohésion du tout. Et c'est cela qui a motivé le titre de l'exposition : « Modèles de travail ».

La juxtaposition des maquettes et leur mise en rapport avec les carnets de travail permet de mieux saisir la démarche et les conceptions d'Anna Viebrock : par exemple comment elle assemble des espaces existants qu'elle a découverts et photographiés pour en inventer de nouveaux, et comment elle les dépayse. Par ailleurs, les lieux auxquels elle fait référence recèlent déjà par eux-mêmes quantité de couches, d'histoires et de secrets. La densification des lieux leur confère alors une dimension qui active la réflexion, tant pour les spectateurs que pour le metteur en scène.

L'exposition présente une vingtaine de maquettes disposées sur des tables fabriquées à cet effet, ainsi que des parties de vrais décors et des vidéos de quelques spectacles qui les ont habités.

Frieda Schneider

Entretien de Johan Simons (directeur artistique NTGent) à l'occasion de l'exposition des décors d'Anna Viebrock au Goetheinstituut de Rotterdam

Septembre 2002

Musikalität ist wohl überhaupt das Geheimnis des Theaters.
Anna Viebrock, lors d'une interview

Celui qui érige la musicalité en mystère du théâtre, ravit mon cœur. Et lorsque cette conception émane d'un scénographe, d'un plasticien, elle n'en est que plus exceptionnelle. Ce qu'Anna Viebrock dit à propos du théâtre, je veux le dire à propos d'elle-même. Ses espaces sont musicaux. Pas dans le sens où ils seraient dotés d'une structure musicale, au contraire : ses décors sont époustouflants, mais ils ne se pavanent jamais. Non, ils sont musicaux dans le sens le plus littéral : ce sont des caisses de résonance où tous les autres éléments théâtraux peuvent résonner de façon optimale. Anna Viebrock offre à ses metteurs en scène, outre un espace fascinant, une caisse de résonance, qui rend le théâtre à la fois plus concret et plus abstrait.

Plus concret parce que la musique qui y résonne, multiple, colle à la vie concrète de gens concrets dans des espaces de vie concrets. Mais l'inverse se produit aussi : l'anecdotique et le banal sont toujours élevés, dans les caisses de résonance d'Anna Viebrock, à une dimension supérieure. J'ai l'impression qu'en tant que metteur en scène, on peut travailler sans pudeur dans les décors d'Anna Viebrock : on peut mêler les sentiments les plus élevés aux comportements les plus ordinaires. On peut verser dans le mélodramatique et se faire distant l'instant d'après, on peut créer le chaos le plus total et structurer ensuite de façon presque chorégraphique.

Je ne veux pas dire que l'on peut tout se permettre, que plus rien ne compte. Au contraire. L'essentiel est la possibilité de pouvoir transformer sans fin, résultante du fait qu'Anne Viebrock révèle elle-même des espaces en continuelle transformation. Je ne m'exprime pas correctement. Ce ne sont pas des espaces qui sont déjà transformés, non, ce sont des espaces en train de se transformer, et qui sont figés en pleine transformation. Les lieux auxquels elle donne forme ne sont plus ce qu'ils étaient, mais pas encore ce qu'ils seront. Cela a un effet particulièrement aliénant mais aussi amusant. J'ose prétendre qu'Anna Viebrock est la scénographe qui a le plus grand sens de l'humour.

Je trouve que la transformation dans le théâtre est encore beaucoup trop cantonnée à l'acteur qui « se change » en un personnage. Pour moi, dans le théâtre, tout doit se transformer en tout : les acteurs en images, les images en mouvements, les mots en musique, la musique en son, etc. Je vois les décors d'Anna Viebrock comme autant de boîtes de jouets de transformation. De petits événements peuvent s'amplifier, devenir de grandes histoires, des chants relevés semblent soudain parler de sentiments humains très banals, la poésie devient l'occasion de se défouler un bon coup, un morceau de rock amène un moment d'apaisement.

Tout transformer en tout. Donc aussi les acteurs qui deviennent danseurs, les musiciens qui se font acteurs, les danseurs qui chantent. Pouvoir être sans pudeur, c'est pour moi, metteur en scène, une condition absolue pour pouvoir créer quelque chose qui vaille la peine d'exister. Beaucoup de décors freinent cette impudence, confinent mon imagination, endiguent ma liberté et celle de mes acteurs. Quand je regarde les représentations qu'Anna Viebrock a conçues, je ne ressens aucun frein, aucun confinement, aucun endiguement, je ne vois que l'immense liberté qu'ils créent, et je me dis : je veux travailler dans ces espaces.

Koen Tachelet

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Anna Viebrock, née en 1951, a étudié à la Kunstakademie de Düsseldorf. Elle commence ensuite à travailler avec Hans Neuenfels à Francfort. À partir de 1983, elle collabore avec Jossi Wieler au Théâtre de Bâle. Depuis 1993, elle travaille régulièrement pour Christoph Marthaler, d'abord à la Volksbühne de Berlin (Murx den Europäer). De 1993 à 1999, elle est attachée au Schauspielhaus de Hambourg. Elle poursuit sa collaboration avec Christoph Marthaler à Francfort (Pelléas et Mélisande, Luisa Miller, Fidelio), à Bâle (The Unanswered Question), au Festival de Salzbourg (Kátia Kabanová, Les Noces de Figaro). Elle fait aussi régulièrement équipe avec Jossi Wieler et Sergio Morabito (La Clémence de Titus, L'Italienne à Alger, Alcina, Le Couronnement de Poppée, Siegfried, Norma, Moïse et Aaron et Alceste à l'Opéra de Stuttgart, Ariane à Naxos au Festival de Salzbourg 2001, Doktor Faust de Busoni à l'Opéra de San Francisco). De 2000 à 2004, elle est membre de la direction artistique du Schauspielhaus de Zurich, où elle collabore à toutes les productions de Christoph Marthaler. Elle a obtenu à plusieurs reprises le Prix de la scénographe de l'année décerné par les revues Theater Heute et Opernwelt. En 1997, elle reçoit le Prix de la culture de la Hesse. S'ajoutent encore à son palmarès le prestigieux Kortnerpreis et le Berliner Theaterpreis, obtenus coinjointement avec Christoph Marthaler. En 2005, Anna Viebrock a réalisé sa quatrième mise en scène, i Opal de Hans-Joachim Hespos, à l'Opéra de Hanovre (proclamée création mondiale de l'année par le magazine Opernwelt). Elle a en outre créé les décors et les costumes de Tristan et Isolde pour le festival de Bayreuth 2005 (mise en scène de Christoph Marthaler).

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